VVR International dans la lettre des achats du mois de mai 2011

 

« LES HAUTS RISQUES DES PAYS A BAS COÛTS », La Lettre des achats mai 2011, page 33 à 35. Par Matthieu Maury

Si les pays émergents offrent de sérieuses opportunités d’achats, ils présentent également des risques juridiques, de délais et de qualité. Pour les maîtriser, le suivi et le pilotage des fournisseurs s’imposent.

Si l’on n’y prend garde, l’eldorado des pays à bas coûts peut vite se transformer en fiasco. Pour profiter pleinement des faibles coûts de main d’œuvre et de matières premières, il faut surmonter les différents risques inhérents aux pays lointains et en fort développement – donc instables. Certaines entreprises y achètent seulement si le différentiel avec les pays occidentaux s’avère suffisamment important pour compenser les embûches qui peuvent survenir. Au sein de la division Protection électrique du groupe Mersen (qui effectue 10% de ses achats en LCC), un fournisseur en pays à bas coûts n’est choisi que s’il présente une économie minimale de 20% en coût total de possession. Un éventuel retournement défavorable des taux de change pourrait alors être absorbé.

Pour d’autres, se fournir dans certains pays reste pertinent uniquement en cas d’implantation industrielle. Sinon les risques l’emportent sur les gains. « Peu de groupes français viennent encore s’approvisionner en Inde sans projet stratégique sur place : usine, proximité des clients, appels d’offres locaux, avantage monétaire… Les risques de délais et de qualité sont tellement élevés que seule la création de valeur peur les contrebalancer, estime Robert Die, directeur de Business Overseas, cabinet de conseil spécialisé sur l’Inde. Les fournisseurs indiens livrent rarement dans les temps, mais c’est aussi à cause d’un manque de pilotage de la part des donneurs d’ordres. Il faut privilégier le choix d’un coordinateur indien pour faire le relais entre le chef de projet européens et les opérationnels locaux. »

Des délais de livraison aléatoires

Pour Camille Verchery, directeur du cabinet VVR International, les délais de livraison sont aléatoires pour plusieurs raisons : pénurie de main d’œuvre (notamment dans l’ouest chinois), réseau d’électricité déficient, manque d’habitude dans l’achat d’une matière spécifique, mais aussi forte sollicitation des bons fournisseurs et période chômées (carnaval au Brésil, nouvel an chinois). « D’où l’intérêt de commander en basse saison pour bénéficier d’une meilleure disponibilité et de prix plus bas, souligne-t-il. Pour éviter les retards liés au transport (très fréquents en Russie, en Inde et dans certains états brésiliens), plusieurs clients internalisent la logistique dès la sortie de l’usine du fournisseur. » D’autres cadencent les approvisionnements et entretiennent des stocks de consignation. De son côté la responsable achats de Revocoat, Delphine Hoedt, préfère reporter le risque transport sur un distributeur installé en France. Pour conserver des approvisionnements fiables et réactifs, elle n’achète que de petits volumes dans les pays émergents et conserve toujours une source en Europe.

Les défauts de qualité constituent l’autre grand risque des pays à bas coûts. Camille Verchery, de VVR International, évoque par exemple la dégradation qualitative aléatoire de l’inox en Chine : «Ils s’arrangent pour rester juste en dessous des limites acceptées. Bien entendu, ils ne préviennent pas le client qui doit vérifier à réception le respect des normes de son secteur. » Il faut également auditer régulièrement l’application des spécifications chez les fournisseurs et pas seulement avec du personnel local. Pour sa part, Loïc Thomila, responsable achat et assurance qualité fournisseurs de Lectra, ne commande en LCC que des produits simples et plutôt sur catalogue, accompagne ses fournisseurs et préserve toujours un double sourcing.

Il ne faut pas non plus négliger les risques juridiques. Et Loïc Thomila de mentionner l’instabilité politique, la corruption, le détournement de la propriété intellectuelle et la contrefaçon. Le directeur des achats de matières premières d’Arkema, Jean-François Chesneau, constate une augmentation du protectionnisme de certains pays émergents, qui se concrétise par des taxes et des règlements fluctuants. « En période d’inflation, les fournisseurs indiens forcent parfois les donneurs d’ordres occidentaux à renégocier les prix à la hausse, en stoppant les livraisons. Peu importe que le tarif ait été fixé pour une période donnée dans le contrat », relate le directeur de Business Overseas, Robert Die. Le donneur d’ordres peut également faire face à un changement brutal de positionnement de son fournisseur, qui abandonne les gros volumes pour se concentrer sur la qualité et la valeur ajoutée, augmentant sensiblement ses prix. D’où l’intérêt de suivre de près l’évolution des produits et process de son panel LCC.

Pour gérer l’ensemble de ces risques, quelques bonnes pratiques se dégagent. Autant pour contrôler la qualité que récolter des informations et asseoir leur confiance, les acheteurs doivent rencontrer régulièrement les fournisseurs. Mais le donneur d’ordres doit aussi avoir des représentants locaux pour jouer la carte de la proximité linguistique et culturelle. Entrer dans la logique industrielle des fournisseurs paraît pertinent pour les faire monter en compétences et éviter les mauvaises surprises.

 

 

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