Etat du secteur pharmaceutique en Chine en 2018

Avec une population de 1.4 milliard d’habitants, vieillissante à cause de la politique de l’enfant unique d’une part, s’enrichissant d’autre part, la Chine est un marché à fort potentiel pour le secteur pharmaceutique, où les entreprises occidentales conservent un avantage compétitif décisif en termes de technologie.

VVR International Etat du secteur pharmaceutique en Chine

En 2016, représentant 110 milliards d’USD, le marché chinois passe en deuxième du classement mondial. Toutefois, ce marché est encore peu mature selon de nombreux aspects.

L’espérance de vie est aujourd’hui de 78 ans pour les femmes, 75 pour les hommes et en 2017 environ 15% de la population a plus de 65ans (10% en France) ; dont 1.8% sont au-delà de 80 ans. En 2020, ces chiffres augmenteraient jusqu’à 18% et 6.5% respectivement. En 2035, l’âge médian de la Chine sera supérieur à celui de la France.

Outre ces données démographiques favorables, l’évolution de la société et le développement de la classe moyenne chinoise contribue à la constitution d’un pool de consommateurs alléchants. En effet, les habitudes de vie changent (sédentarisation, alimentation) du fait de l’urbanisation et de l’enrichissement de la population notamment. Ainsi, les problèmes de santé évoluent également, rejoignant les problèmes de santé des pays développés : les maladies chroniques. Ainsi en 2016, 26.2% des décès sont dus au cancer, 22.1% à des maladies cardiovasculaires, 20.4% à des maladies cérébrovasculaires, 12% à des maladies respiratoires ; et le diabète touche près d’un Chinois sur 10 et continue à croitre. Les maladies infectieuses de type SIDA, tuberculose et hépatite restent prévalentes surtout dans l’Ouest de la Chine, plus pauvre. Il s’agit d’ailleurs d’un domaine où le gouvernement chinois met à disposition des fonds publics. Les nouveaux risques épidémiques touchent quant à eux les centres urbains, connectés à l’international. Enfin, la Chine manque de médicaments pour les maladies orphelines et autres maladies rares, la pédiatrie et les maladies infantiles, constituant ainsi des niches du marché.

Deux tiers des médicaments consommés en Chine sont chimiques, et 13% sont des médicaments biotechnologiques, principalement biosimilaires. Par ailleurs 79% des médicaments sont délivrés sous ordonnance, faisant du médecin une cible prioritaire des activités de promotion des laboratoires pharmaceutiques. Il s’agit principalement de génériques, secteur où la compétition locale est élevée. Les médicaments importés sont ainsi surtout des formules brevetées. Récemment, le gouvernement et les laboratoires chinois favorisent et recherchent des partenariats avec les laboratoires occidentaux pour le développement de nouvelles formules.

Les grands acteurs sur le marché sont autant des grands groupes que des PMEs, des sociétés étrangères (brevetés) et nationales (générique). Côté chinois, les trois plus grands sont Sinopharm, Shanghai Pharma, et Jointown Pharmaceutical Group. Seul ce dernier est une entreprise privée et tous entretiennent des relations étroites avec les hôpitaux, expliquant leur succès.

Le contexte réglementaire est ambigu et sujet à des changements fréquents. La réforme du système de santé est en cours depuis 2009, visant à élargir le nombre de frais médicaux remboursés, ouvrant ainsi les villes de troisième et quatrième tiers au marché, réduire la dépendance des hôpitaux sur la vente de médicaments, et mieux encadrer les actions de promotion des ventes. Cependant, la procédure pour devenir un médicament remboursé est opaque et favorise les médicaments nationaux en exerçant une pression à la baisse sur les prix via des politiques d’enchères.

On note également récemment une levée des restrictions sur les IE en Chine dans certains domaines de la santé, et, comme dans le secteur de l’agroalimentaire, un renforcement des contrôles du gouvernement sur les pratiques de corruption des médecins (scandale GSK), les médicaments contrefaits ou de mauvaise qualité.

Ainsi, le secteur pharmaceutique offre de nombreuses opportunités aux entreprises européennes, pourvu que l’on sache y entrer et s’entourer de partenaires fiables. L’un des défis majeurs reste l’accès au marché difficile. En effet, en plus de droits de douane élevés, ce secteur se caractérise par une fragmentation extrême de son système de distribution, avec un nombre d’intermédiaires pouvant aller jusqu’à 6 selon le produit et la région. Le prix de vente se trouve ainsi impacté de manière non négligeable.

La réglementation pour l’homologation d’un médicament, et la réglementation entourant la promotion et la vente sont denses, complexes et opaques, mixant mesures de l’ancien système, mesures temporaires et nouvelles réglementations. La tendance est au renforcement du cadre réglementaire, mais également à la favorisation en pratique des produits de manufacture locale. L’objectif du gouvernement est de construire des « champions nationaux », surtout dans le domaine des médicaments biosimilaires, et cela peut se traduire par un traitement différencié voire discriminatoire des entreprises locales et étrangères.

L’extension de la couverture maladie universelle cause une pression à la baisse sur les prix.

Enfin, la protection des droits de propriété intellectuelle est faible ou inadaptée. A titre d’exemple, il y avait en 2016 un retard de 17 000 demandes d’enregistrement des médicaments d’origine étrangère. Ainsi, il peut être complexe et risqué de lancer un nouveau médicament sur le marché chinois avec ce niveau d’incertitude.

Cela étant dit, le marché chinois reste ouvert et à fort potentiel, ne serait-ce que par le nombre de consommateurs, qui aspirent à des soins de meilleure qualité. Selon une enquête de 2014, les chinois sont plus concernés par leur santé que les brésiliens, russes, indiens mais aussi que les américains, européens et japonais. Ainsi, les ventes de vitamines et de compléments palliant aux maux communs liés au stress et au mode de vie devraient doubler d’ici 2020 par rapport à 2014. Or les médicaments occidentaux bénéficient d’une bonne image auprès des consommateurs, représentant la sécurité et la qualité. Par ailleurs, la solvabilité de ces consommateurs, bien que mitigée par le ralentissement économique, est fortement améliorée grâce au développement de la couverture santé universelle et à l’émergence d’assureurs privés.

Malgré la présence d’une main d’œuvre de plus en plus qualifiée, la R&D des acteurs domestiques est encore faible, bien que les investissements en la matière augmentent rapidement. Ainsi, les laboratoires pharmaceutiques recherchent des partenariats occidentaux afin de développer leur technologie.

Les entreprises françaises peuvent également compter sur un soutien institutionnel ainsi que sur une réputation nationale grâce à l’implantation de grands groupes français. Ainsi, le Club Santé Chine, créé à l’initiative de Business France et Biomérieux et réunissant des grands groupes mais également des PMEs, des hôpitaux et l’Ambassade de France en Chine permet d’améliorer la visibilité offre française d’une part, et de facilité l’échange d’information d’autre part. Il comporte quatre groupes de travail, indication des secteurs porteurs où la France bénéficie d’un avantage compétitif : conception et gestion hospitalière, vieillissement et dépendance des personnes âgées, maladies chroniques, maladies infectieuses. Ainsi, une récente délégation d’entreprises des Pays de la Loire à Shanghai présentait de nombreuses entreprises françaises spécialisées en biotechnologie.

Par ailleurs, les applications de l’Intelligence Artificielle dans le secteur médical sont, sans surprise, un autre aspect que le gouvernement et les entreprises chinoises cherchent à développer (l’un des objectifs dans la stratégie de développement de l’IA, l’un des objets de récents investissements de la part de Baidu, Tencent et Alibaba, ainsi qu’un sujet dominant traité par les médias lorsqu’il s’agit de santé. Or, la France et l’Europe bénéficie d’entreprises pharmaceutiques innovantes.

Enfin, le e-commerce offre un nouveau rayon de possibilités à ne pas négliger pour les médicaments OTC. De plus en plus utilisé par les consommateurs, il offre une meilleure visibilité des petites entreprises pharmaceutiques. D’après une étude de 2017, Internet est souvent la source première d’informations médicales, c’est donc le lieu de prédilection pour promouvoir ses produits, par la publication d’articles informatifs.

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